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De l’humilité

Elle n’est que réalisme, connaissance de sa nature propre. Humilité vient de humus, de la terre dont nous sommes faits, du sol que nous foulons.

Le premier pas vers l’humilité est la prise de conscience de toutes les pensées qui nous traversent, que l’on peut ignorer parce qu’elles ne vont pas jusqu’à l ‘acte comme chez les délinquants ou les criminels de toutes sortes.

Ce sont des mesquineries mentales, des sentiments d’envie, de jalousie, de mépris, de haine, de rancune, d’avarice qui nous renvoient une image de nous-mêmes bien différente de celle que nous avons soin de projeter et qui nous permet de croire à notre vertu et de nous en enorgueillir.

Mais ce n’est qu’un premier pas sur le chemin de l’humilité. Car l’humilité véritable ne consiste pas à s’évaluer sans cesse, à se dénigrer au lieu de s’exalter sur soi comme auparavant, ce qui est encore une des activités favorites de notre ego.

Pour chasser les ombres et les ténèbres, il faut se tourner vers la lumière plutôt que de s’évertuer vainement à les chasser.

De quoi donc est faite l’humilité des saints ? Si on ouvrait leur cœur comme une grenade, qu’y trouverait-on ? Comment le savoir ? Sans doute ont-ils réussi par une vie de prière à effacer leur ego. Ce n’est pas l’aboutissement d’un effort volontaire, mais la conséquence d’un cœur totalement offert à Dieu, centré sur Lui.

Aussi ne trouvent-ils aucune difficulté à ne s’enorgueillir ni de leurs dons ni de leurs accomplissements, conscients de tout devoir à la grâce de Dieu. Il les traverse comme du verre. 

Leur modèle d’humilité est le Christ. II a pleine conscience de ses pouvoirs, lorsqu’Il déclare à Nazareth, face à tous ceux qui l’ont connu dès son plus jeune âge, qu’Il est celui dont parle Isaïe (Lc 4, 16-20) : 

« L’Esprit du Seigneur repose sur moi. Il m’a envoyé proclamer la liberté aux captifs et le retour à la vue aux aveugles. »

Son humilité ne repose pas sur la conscience d’une faiblesse ou impuissance quelconques, mais de son détachement total de tout désir, de toute préoccupation personnelle. Jamais Il n’utilise ses pouvoirs pour Lui-même. Tout ce qu’il reçoit de Dieu, Il le donne aux autres. Il ne possède rien. En tant qu’homme, Il n’est rien. En Dieu, Il est tout. II nous offre le modèle de l’humilité parfaite.

La vieillesse, par le reflux de nos pouvoirs, nous enseigne l’humilité.

Hélène Guisan-Démétriadès

Née en 1916 à Constantinople, Hélène Guisan-Démétriadès est, à 109 ans, la doyenne du canton de Vaud (Suisse). Femme de lettres, traductrice d’Eschyle, elle a publié La tierce présence (éd. Ouverture, 2009), qui a reçu le prix Eve-Delacroix de l’Académie française.

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