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Maintenant que les fêtes sont terminées

Photo : Alexandra de Moffarts

On sort du temps des fêtes comme on laisse un champ de roses. On languit après leur odeur aussitôt qu’on s’en éloigne. On appelle de ses vœux leur retour à cause des transfigurations qu’on y a vécues et des nouvelles expériences spirituelles qu’on y a goûtées. Il n’y a pas de doute que l’orthodoxe pratiquant attend avec une sorte d’impatience l’entrée dans le grand Carême et regrette que la Grande et Sainte Semaine (ou Semaine sainte) prenne fin. 

D’autres grandes fêtes vont bientôt être célébrées : la Pentecôte au printemps et bien d’autres au courant de l’été. Mais rien n’égale la fête de Pâques et la période qui y prépare. Durant ce temps, l’âme se fait plus proche de Dieu. Elle s’y repent ou a des velléités de le faire.

La joie que nous ressentons à Pâques est cependant accompagnée d’une certaine amertume, car un certain nombre de nos frères n’y ont pas participé. Nous nous attristons parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de voir toutes les beautés qui nous ont été révélées et n’ont pas voulu que leur âme prenne sa demeure en Dieu. Cela nous fait mal qu’ils n’aient pas pris part à la Cène mystique et qu’ils ne se soient pas isolés avec l’Époux divin dans Sa chambre nuptiale, tout au moins comme nous le fait supposer le fait d’être restés loin de la communauté rassemblée pour partager la Parole du Seigneur et son Corps.

Quant à ceux qui ont goûté la saveur du Royaume et se sont approchés de la Coupe du salut, nous craignons qu’ils ne tiédissent, une fois les fêtes terminées, parce que l’Église ne les sollicite plus avec la même force qu’elle l’a fait durant le Carême et le temps qui l’a suivi. Maintenant, elle se contente de leur offrir cette même nourriture, tous les dimanches et à l’occasion d’autres commémorations.

Elle les pousse à se comporter comme des adultes et à préserver en eux-mêmes cette familiarité avec Jésus qu’ils ont découverte et vécue durant le Carême et à Pâques.

Pour cela, elle les convie à fréquenter l’Évangile assidûment, à pratiquer la prière personnelle et à lutter pour se garder de la tentation. Leur amour pour le Seigneur leur donnera la force de réussir. 

C’est ce que fait celui qui émigre vers un pays où son Église n’a pas de paroisse. Il prend avec lui l’Évangile et le Livre de Prières. Le livre devient ainsi son église. Il reste ainsi fidèle, tel le mari qui laisse sa femme et part en voyage. Le souvenir du visage de l’épouse lui permet de ne pas rompre ses liens avec elle. Or, le visage de Jésus nous suit partout. 

Les moines d’autrefois s’isolaient loin de leur monastère durant toute la période du Carême pour n’y revenir que le dimanche des Rameaux. Ils connaissaient certaines prières par cœur et n’emportaient pas tous les livres liturgiques avec eux. Ils se contentaient de répéter inlassablement la Prière de Jésus : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ». Cette prière rendait la présence bénie du Seigneur sensible à leur cœur.

La fidélité repose donc sur une prière personnelle consciente et sur le fait d’obéir à ce qu’a dit le Sauveur. « Celui qui m’aime garde mes commandements » (Jean 14, 21).

L’Église demeure en l’homme quand il se trouve loin de ses églises, de même que la fête reste en nous bien après sa fin. 

La crucifixion, commémorée le Vendredi Saint, bien qu’elle ne soit plus visible aux yeux, le reste au cœur. Celui qui croit crucifie ses passions et s’élève vers le Christ, assis dans le Royaume des cieux.

Tout cela doit cependant être accompagné de la charité. C’est elle qui demeure quand tout le reste est consommé. La charité, c’est de ne pas envier quand on t’envie ; de ne pas chasser de ton cœur celui qui te hait et ne te fait pas de place dans le sien. Donne-toi toujours sans contrepartie et sans attendre de remerciements et tu vivras continuellement dans l’atmosphère de Pâques. Beaucoup ne se sentiront pas concernés par ton amour, mais tu devras continuer à les aimer car, ce faisant, tu allumes un feu au-dessus de leur tête. C’est leur affaire s’ils veulent ne pas grandir spirituellement.

Quant à toi, tu ne prétendras à aucune faveur, à aucune prérogative, et en particulier tu ne chercheras pas à habiter le cœur des autres. Mais que ton cœur à toi soit dans tous les cœurs.

Tu y rencontreras le Christ qui s’y trouve, qui te rappellera que la beauté spirituelle ne ravit que ceux qui s’y sont préparés. Ceux auxquels tu donnes ton cœur pourront très bien ne pas y être sensibles. Tu peux te donner à quelqu’un, mais il est libre de vouloir mourir dans ses péchés. Il te suffira alors de pleurer pour lui et de pleurer à sa place.

Avance dans la vie comme si tu célébrais toujours la « Fête des fêtes ». Tu seras alors rempli de sa beauté qui fera de toi en permanence un homme nouveau. Celui qui te pousse à la repentance peut être un ami, mais seul Dieu t’amènera au repentir. Ne crains que celui qui peut te jeter dans les flammes de l’Enfer. Si tu prends le Christ comme bouclier, tu seras à l’abri de toute flèche, quelle qu’en soit l’origine, même si elle vient de ton propre milieu. Aie confiance et vis dans l’espérance. Cramponne-toi à l’espérance, et tu seras capable de te sauver, même si un grand nombre périt autour de toi

Quant a ceux qui périssent, tout ce que tu peux faire pour eux est de leur suggérer les voies du salut. Tu ne pourras pas percer leur mystère. Dieu seul le connaît. Ne les juge point afin que tu ne sois pas jugé. Si tu marches avec Dieu au milieu d’un désert, Il sera ton oasis. C’est ainsi que le visage de Jésus restera toujours ancré en toi.

Métropolite Georges Khodr

Mgr Georges Khodr, né en 1923, évêque émérite du Mont-Liban, est une voix majeure du christianisme au Moyen-Orient. Théologien renommé, engagé dans la vie de son pays, il fut l’un des fondateurs du Mouvement de Jeunesse Orthodoxe (MJO) au Liban.

Texte extrait du livre : Métropolite Georges Khodr, En chemin vers la lumière, Ed. Apostolia, 2026.

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