L’avènement de la vie du siècle à venir suppose la fin de celui que nous vivons, la fin du monde. Mais notre monde, que Dieu son Créateur a appelé́ à l’existence, est pour cette raison indestructible ; car il n’existe aucun pouvoir plus puissant que Celui qui l’a créé. Ce qui passe, c’est l’image de ce monde (1 Cor 7.31).
C’est justement dans ce sens qu’il faut saisir la fin du monde. La catastrophe finale de l’univers n’entraîne pas une nouvelle création à partir de zéro, à partir du néant, mais elle constitue une rénovation du monde qui a été créé une fois pour toute. La continuité entre l’ancienne terre et la nouvelle terre n’est pas interrompue, mais il se produit un passage, un transcensus, le saut d’un monde d’existence dans un autre.
La parousie, ou seconde apparition du Christ, ne fait pas partie de la suite des évènements historique, mais c’est un évènement qui modifie entièrement l’état de ce monde, au-delà de l’histoire ; elle est un phénomène métaphysique, méta-cosmique, qui modifie la nature de l’univers entier.
Le changement qui va se produire ne sera pas le résultat d’une combinaison ou d’une explosion des forces cosmiques exclusivement naturelles. Il exige l’intervention, l’irruption de la force surnaturelle divine. Le Père envoie le Fils qui vient dans la Gloire du Saint Esprit. Le feu, qui est l’action du Saint-Esprit, renouvelle, glorifie, déifie toute la création. Voilà pourquoi on se trompe quand on parle d’une possibilité réelle de provoquer la fin du monde par la force d’une explosion nucléaire, par une désintégration matérielle.
L’action du Saint-Esprit ne peut pas être forcée, on ne peut pas provoquer la Parousie. Une catastrophe atomique mondiale qui entraînerait la désintégration totale de notre planète (mais pas du cosmos) ne serait qu’un suicide du monde, ou un assassinat à l’échelle planétaire. Notre univers n’est pas seulement le lieu dans l’espace de l’avènement du Seigneur, mais plutôt un réceptacle spirituel. Ce réceptacle, ce sont d’abord des âmes humaines, autrement dit le Corps du Christ, l’Église cachée…(…).
Tout ce qui est spirituel est au-dedans, est intérieur. L’homme doit être prêt pour rencontrer le Christ dans la Gloire, comme il doit être prêt pour sa petite apocalypse personnelle, pour sa mort. C’est pour cette raison que nous sommes nés. L’apparition du Christ doit s’accompagner en premier lieu à l’intérieur des âmes et du monde. […].
Nous aussi, comme jadis les disciples du Christ, nous demandons : Quand cela arrivera-t- il ? Et le Fils de l’homme lui répond : Personne ne connaît ce jour ni cette heure, sauf le Père. Le Seigneur a seulement indiqué (Matt 24) les signes de l’approche de la fin, mais en définitive on ne peut que pressentir que le Seigneur est proche, aux portes. Cette inéluctabilité, même de la rencontre avec le Seigneur au dernier jour porte en elle le jugement dernier pour tous.
Ce jugement est, également un acte intérieur, immanent et personnel. Le Jugement s’effectue par l’Esprit de vérité et par l’amour de Dieu : l’homme verra la vérité en ce qui le concerne, il se verra soi-même à la lumière de la vérité. Il sera mis face à face avec l’image de sa perfection, quand le « livre de vie » de chacun de nous sera ouvert. Rien de ce qui est mensonge, péché, aveuglement, erreur, haine, vanité n’aura de place dans le Royaume de la vérité et de l’amour.
Le glaive spirituel, qui est la vérité et la force de la Parole de Dieu, fendra l’homme jusqu’au plus profond de son être. Chacun sera sauvé, dit saint Paul, mais comme à travers le feu (1 Cor 3,15) – du feu qui consume tout ce qui est impur et impropre pour le Royaume.
Pour que l’homme soit pardonné, il faut que tout le mal qui habite en lui, tous les nœuds de vipères de son cœur, soient éliminés à travers la souffrance et ainsi rachetés aussi par lui-même. On ne saurait trop répéter que les paraboles de la séparation du bon grain et de l’ivraie, des brebis et des boucs, ne sont que des images, des symboles. Il ne faut pas les comprendre dans un sens littéral, simplifié.
Comme l’explique saint Jean Chrysostome, notre Seigneur parlait en s’adaptant au niveau de compréhension de ceux qui l’écoutaient. La ligne de séparation passera non pas entre deux catégories d’âmes – justes ou pécheresses – mais au-dedans ce chacun de nous. Il n’existe pas d’homme qui ne soit pêcheur : chacun renferme ce qui sera détruit ou purifié ; il n’existe pas non plus de pêcheur qui n’ait en lui quelque parcelle de lumière.
Le fait qu’au Jugement dernier nous serons jugés par l’amour et la vérité de Dieu ne diminue certes pas notre responsabilité pour toute notre vie et n’enlève rien au tragique de notre situation. Cependant, nous devons nous débarrasser de nos représentations juridiques du Jugement et du Juge […].
La Miséricorde de Dieu est illimitée. Devant elle, le péché de toute chair, dit saint Isaac le Syrien, n’est qu’une poignée de sable dans la mer immense. Seul l’homme, par un libre refus, ou révolte, peut s’opposer à cette Miséricorde et demeurer toujours dans la souffrance de son refus. Les Pères orientaux aiment répéter ce dicton : Sans nous Dieu nous a créés, mais il ne peut pas nous sauver sans nous.
Saint Isaac le syrien, dans sa 19e homélie, dit : Que ne vienne pas à l’esprit de l’homme la pensée sacrilège que le Seigneur cesse d’aimer le pêcheur. Mais l’amour agit d’une manière double : il tourmente les pêcheurs et il réjouit ceux qui ont observé leur devoir. A mon avis, ajoute ce Père, le tourment de la géhenne est le repentir.
[…]. Le problème de l’enfer est, de tous, le plus crucial. La conscience morale peut admettre l’enfer compris dans le sens d’une purification de l’âme, durable, soit, mais nos perpétuel. Mais voici ce qui compte : l’enfer peut être vaincu, et il est déjà vaincu. Ceci est l’affirmation centrale de notre foi. Croire au Christ, c’est croire en se victoire sur l’enfer. Il est le vainqueur de la mort et de l’enfer. Il est notre Libérateur : Lui seul peut nous libérer de l’enfer dès maintenant ou dans l’autre vie.
Il faut ajouter que l’Église orthodoxe ignore la distinction latine de l’enfer et du purgatoire. Elle prie pour tous les morts et n’admet pas qu’il y en ait qui soient dès maintenant damnés pour toujours. L’existence outre-tombe n’est que la suite du destin du défunt, avec sa purification et sa libération progressives – une guérison, une maturation et une attente créatrice […].
Saint Paul qui était si véritablement uni au Christ qu’il a pu affirmer : Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi, n’a-t-il pas dit qu’il était prêt à être séparé du Christ pour ses frères ?
Chacun de nous ne doit-il pas de même supplier le Seigneur : Que tous mes frères soient sauvés avec moi ? Ou alors que je sois, moi aussi damné avec eux ! Notre Seigneur n’attend-il pas de nous une telle prière ? Et cette prière ne sera-t-elle pas la solution du problème de l’enfer et de la damnation.
Extrait du livre : Catéchèse orthodoxe – Dieu est vivant – Catéchismes pour les familles (pages 426/431) Editions du Cerf 1979


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