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Comprendre et vivre ensemble la Tradition de l’Église

photo : pixabay

La Tradition, loin d’être interprétée comme un retour vers quelque chose de passé, de figé de pétrifié, doit être comprise de la même façon que l’homme comprend son passé. Notre présent contient intrinsèquement tout notre passé, mais aucun d’entre nous ne dira raisonnablement qu’en prenant maintenant une décision concernant notre vie, nous devons le faire de la même manière que lorsque nous avions cinq ans, ou douze ans, ou vingt-cinq ans. À partir de notre expérience qui s’enrichit en permanence nous voyons les choses autrement, avec plus de profondeur, et nous pouvons alors, par référence à l’Ecriture Sainte, en développant en nous ce que l’apôtre Paul appelle « la pensée du Christ », qui seule peut être la pensée de l’glise. […]

La Tradition, c’est ainsi la mémoire vivante de l’Eglise qui est transmise de génération en génération, le fondement d’une nouvelle réflexion enrichissante apportant une réponse aux interrogations d’un monde en perpétuelle évolution, une réponse qui ne peut être donnée que grâce à une compréhension sans cesse approfondie des manifestations de Dieu dans le monde.

Aller vers ceux qui pensent autrement que nous

D’un côté, il y a des gens qui veulent absolument rester attachés à ce qu’ils appellent la véritable, l’authentique tradition orthodoxe, même si ce n’est pas véritablement le cas puisque souvent il peut s’agir tout simplement d’une survivance du passé ou de la répétition de phrases et de formules qui ont perdu pour eux leur force vitale. 

De l’autre côté, il existe des gens qui ne peuvent se satisfaire de cette approche répétitive, car la vie leur a posé de telles questions qu’on ne peut les résoudre avec de simples citations. Ces gens-là cherchent un moyen pour s’exprimer dans des catégories de pensée orthodoxes et espèrent trouver dans cette démarche des réponses qui ne s’éloignent pas forcément de l’orthodoxie et qui sont, peut-être, beaucoup plus fidèles à l’Evangile que les banalités d’une orthodoxie figée que l’on peut trouver dans certains manuels de séminaires. […] 

Comment alors réconcilier les deux courants ? 

Ni l’Église elle-même, ni personne dans l’Église ne doit se faire justice.

Celui qui pense autrement que nous, c’est précisément celui que le Christ est venu sauver et guider vers la plénitude de la Vérité.

Nous ne résolvons aucune question quand nous rejetons un homme ou quand nous le maudissons, de même quand nous suspendons un prêtre ou quand nous le réduisons à l’état laïc. Nous devons aller vers lui et réfléchir très sérieusement à ce qu’il éprouve, voir quels sont les mouvements de son âme, chercher quelle expérience se trouve à l’origine de ce qu’il dit. 

Il me semble qu’il est important de ne pas se hâter de prononcer un jugement concernant ceux qui pensent autrement que nous, mais au contraire il faut consacrer beaucoup de temps au dialogue avec eux. Il faut d’abord chercher à les comprendre et, ensuite, il faut leur rendre accessible notre interprétation de ce qui nous paraît être la vérité. Dans ce processus, les deux parties s’enrichissent mutuellement et, à partir de leur réception et de leur compréhension de la vérité qui ne peuvent être que partielles, se dégage une compréhension plus approfondie et plus lumineuse qui correspond mieux à ce que l’Esprit Saint dit à l’Église. […] 

Seule demeure inébranlable la vérité 

De nombreuses années sont souvent nécessaires pour discuter avec quelqu’un d’une question, pour réfléchir ensemble, pour arriver à saisir ce qu’il pense, pour comprendre de quelle expérience proviennent ses prises de position qui, parfois, peuvent être erronées. 

Décider de retirer la prêtrise à quelqu’un, c’est un acte définitif. On ne peut pas le réintégrer ensuite, ou plutôt si, on pourrait le faire à la condition que l’évêque ou le synode trouvent le courage de dire qu’ils se sont trompés, qu’ils ont commis un péché contre cette personne, qu’ils ont péché contre la vérité, qu’ils regrettent leur acte et s’en repentent. Mais, malheureusement, cela n’arrive que très rarement. […] 

Seule demeure inébranlable une orthodoxie qui est vérité de l’Évangile, « pensée en Christ », action de l’Esprit Saint, vérité contre laquelle rien ne peut prévaloir. 

Mgr Antoine Bloom (+)

 Le métropolite Antoine Bloom du diocèse de Souroge, converti au Christ à l’âge de 14 ans, fut une figure spirituelle prépondérante de notre temps, qui a inlassablement proclamé l’Évangile à travers ses conférences, ses émissions de radio, ses écrits. Cet extrait est tiré d’un article du SOP (mars 1995) rassemblant des commentaires du métropolite Antoine de Souroge à la suite d’un colloque sur “L’Unité de l’Église”.

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